Hominescence

[Nous vivons l’époque où un processus d' »hominescence » redéfinit l’humain]

Michel Serres propose le mot hominescence pour désigner ce que vit l’humanité depuis la seconde moitié du 20ème siècle : un changement majeur dans notre rapport au temps et à la mort. Le mot est construit sur la désinence « escence » (inchoative), qui désigne un début fragile, un processus de bouillonnement et de floraison : luminescence, efflorescence, incandescence, sénescence, effervescence ou adolescence. On perçoit dans ces termes une dimension de croissance/décroissance, d’éclat/occultation, de franchissement/régression. L’hominescence est un processus qui, par des écarts répétés, renouvelle l’hominisation. On ignore ce qu’il va produire : une humanité, une autre humanité ou d’autres degrés de l’humain. Le mot sonne comme une différentielle. Il concentre l’événement dans un espace de temps réduit : quelques décennies dans une échelle qui peut se compter en milliers d’années ou en millénaires.

L’hominescence s’est développée par boucles successives :

1. Première boucle : l’homme fabrique des outils extérieurs et des techniques qui prolongent ses organes. Il domestique les animaux et vit avec eux.

2. Deuxième boucle : le corps se globalise, la terre entre dans l’histoire. En constituant un nouvel habitat, le Biosom, l’homme produit la nature.

3. Troisième boucle : l’homme perd ses facultés qui sont externalisées : la mémoire, la voix, la connaissance. Les sciences et les techniques deviennent capables de modifier son corps, devenu visible et glorieux, et d’améliorer sa santé. L’humanité invente des objets-monde (l’Internet, le déchiffrement du génome, la bombe atomique…), des outils paradoxaux qui façonnent son monde, lui donnent prise sur sa propre émergence et/ou disparition, mais qu’il ne maîtrise pas. L’histoire se fait évolution. Elle est à la recherche de nouveaux équilibres.

En définissant les bornes de l’humain, l’hominescence les déplace. Elle passe par un débat bioéthique qui redéfinit et reconstruit l’humanité.

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